Un choc énergétique et alimentaire immédiat
La première onde de choc est énergétique. Le baril de pétrole a dépassé les 100 dollars en mars 2026, enregistrant une hausse de 30 % par rapport aux niveaux précédant le conflit. Pour les pays africains importateurs de produits pétroliers, la conséquence est immédiate : flambée des prix du carburant à la pompe, répercutant directement sur les ménages.
Le détroit d’Ormuz, par lequel transite 20 % de l’approvisionnement mondial en pétrole, est devenu un passage risqué pour les navires de commerce, perturbant l’acheminement de céréales et d’intrants agricoles vers les marchés africains. Les prix des denrées alimentaires ont grimpé de 15 à 20 % au premier semestre 2026 par rapport à la même période de l’année précédente.
La pénurie d’engrais, conséquence directe de la baisse des livraisons de gaz naturel liquéfié en provenance du Golfe, menace les rendements agricoles sur l’ensemble du continent. L’Union africaine et la Banque africaine de développement (BAD) ont conjointement alerté sur un risque sérieux de perte de croissance estimé à 0,2 point de pourcentage du PIB africain si le conflit venait à se prolonger au-delà de six mois.
L’aviation et les transferts de fonds sous pression
Le secteur aérien est également touché. La hausse du prix du carburant d’aviation a considérablement alourdi les coûts d’exploitation des compagnies africaines. Ethiopian Airlines et Kenya Airways ont d’ores et déjà annoncé des annulations de vols vers Tel-Aviv et Beyrouth.
Les transferts de fonds des travailleurs africains établis dans les pays du Golfe constituent un autre vecteur de transmission économique. Le Kenya seul compte plus de 400 000 ressortissants dans la région, qui rapatrient chaque année des milliards de dollars. Toute perturbation de ces flux fragilise directement les revenus de nombreux foyers à travers le continent.
Le FMI en première ligne
Face à la crise, le Fonds monétaire international a renforcé ses programmes d’aide aux pays africains les plus exposés. Le directeur du département Afrique du FMI, Zeine Zeidane, a indiqué que les producteurs d’énergie du Golfe auraient besoin de six à sept mois pour rétablir leur production et leurs exportations à des niveaux normaux. L’Éthiopie, la Gambie, le Burkina Faso et le Malawi font partie des pays bénéficiant d’un accès prioritaire aux fonds de l’institution.
« Moment difficile pour la région. »
— Fonds monétaire international, évaluation de la situation en Afrique, 2026
Répercussions géopolitiques et sécuritaires
Sur le plan diplomatique, l’Union africaine a immédiatement appelé à la retenue et à une désescalade urgente. Son président, Mahamoud Ali Youssouf, a mis en garde contre les effets systémiques du conflit sur les marchés énergétiques, la sécurité alimentaire et la résilience économique du continent. Les positions nationales restent toutefois contrastées : le Sénégal et l’Afrique du Sud ont condamné les frappes israélo-américaines, tandis que le Maroc et le Tchad ont davantage déploré les attaques contre les pays du Golfe. Les régimes militaires du Sahel, proches de Moscou, ont quant à eux adopté une posture discrète.
Sur le plan sécuritaire, la rivalité indirecte entre Washington et Téhéran en Afrique confère une importance stratégique à plusieurs territoires. Les États-Unis pourraient solliciter l’usage de bases militaires au Kenya, en Égypte ou en Tunisie, exposant ces pays à d’éventuelles représailles iraniennes. Des groupes armés tels qu’Al-Shabaab, Boko Haram ou Al-Qaïda pourraient par ailleurs tenter d’exploiter le contexte d’instabilité. Un précédent grave éclaire ces craintes : en 1998, les attentats simultanés contre les ambassades américaines à Nairobi et Dar es Salaam avaient fait plus de 200 morts.
Une Afrique à deux vitesses : gagnants et perdants
Tous les pays africains ne sont pas également exposés. Les États exportateurs de pétrole — Nigeria, Angola, Algérie — tirent profit de la flambée des cours. Le Tchad, dont le budget 2026 avait été calibré sur la base d’un baril à 65 dollars, voit ses recettes bondir avec un baril désormais vendu à 102 dollars. Le Mozambique pourrait également bénéficier de ses exportations de gaz naturel liquéfié.
Mais ces gains demeurent inégaux et ne compensent pas les effets dévastateurs sur l’inflation et la sécurité alimentaire. Les monnaies de 29 pays africains se sont déjà dépréciées, alourdissant le service de la dette extérieure et renchérissant les importations. La crise risque également de détourner les financements des donateurs vers d’autres priorités mondiales, au détriment de l’aide humanitaire africaine.

