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Culture & Identité

Culture Gabonaise : Patrimoine et Modernité

Un héritage vivant

Marie-Claire Ndong
24 juin 2026
5 min de lecture
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Gabon : entre Mvet sacré et soul contemporain, l’effervescence d’une culture en plein renouveau

Le Mvet Oyeng inscrit au patrimoine mondial : une première historique

L’année 2025 restera gravée dans la mémoire culturelle gabonaise. Réunie à New Delhi en décembre, la 20ᵉ session du Comité intergouvernemental de l’UNESCO a inscrit le Mvet Oyeng sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Il s’agit de la première tradition gabonaise à rejoindre ce prestigieux classement, couronnant sept années de travail conjoint entre le ministère de la Culture, l’UNESCO et les communautés de praticiens, engagées depuis 2018.

Portée par le Gabon en qualité de chef de file, aux côtés du Cameroun et du Congo, cette épopée chantée et contée — accompagnée d’un arc musical — est un vecteur d’identité, de mémoire et de cohésion entre les peuples d’Afrique centrale. En mars 2026, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a reçu les acteurs culturels du Mvet pour la remise officielle du certificat d’inscription, réaffirmant sa volonté d’en renforcer la transmission aux jeunes générations.

Le Gabon a par ailleurs engagé des démarches en vue de l’inscription du Bwiti et du Ndjembè sur cette même liste. Le Bwiti, doctrine religieuse structurant musiques sacrées, rites initiatiques et quête spirituelle, est reconnu comme le centre spirituel des initiations religieuses de l’Afrique centrale.

Arts et artisanat : le geste ancêstral comme signature

Dans la société traditionnelle gabonaise, le masque occupe une place centrale. Qu’il s’agisse du masque Okuyi des Myènè pour accompagner les funérailles, du Ngil des Fangs pour la protection contre les maléfices, ou du Ngondo utilisé dans les rites du Bwiti, chaque ethnie possède ses propres formes et significations. Ces objets ne relèvent pas du simple artisanat : ils sont les dépositaires de savoirs spirituels et communautaires transmis de génération en génération.

Parmi ces savoir-faire, la sculpture sur pierre de Mbigou s’impose comme un art emblématique. Utilisant la stéatite, une pierre tendre locale, les artisans créent statuettes, masques et bas-reliefs qui sont devenus l’un des produits artisanaux les plus identifiés par les amateurs d’art africain à travers le monde. Cet artisanat bénéficie désormais d’une reconnaissance officielle de l’État pour préserver ce savoir-faire ancêstral.

Le raphia, quant à lui, demeure un élément indispensable à la confection des accessoires et costumes de scènes rituelles. Un ouvrage lui a récemment été consacré, retraçant le parcours de ce textile identitaire depuis le royaume Loango jusqu’au Gabon contemporain.

Musique : le « tradi-moderne » comme vecteur d’exportation culturelle

La scène musicale gabonaise illustre avec éclat la rencontre féconde entre patrimoine et modernité. Le genre dit « tradi-moderne », fusion de musique traditionnelle et de productions contemporaines, est devenu une véritable signature nationale. Plusieurs artistes incarnent cette tendance avec un rayonnement croissant à l’international.

SeBa — En mai 2026, l’artiste a sorti « Popó – Berceuses du Gabon », un album de dix titres mettant en lumière comptines, berceuses et mélodies traditionnelles à travers des arrangements contemporains. Une démarche de sauvegarde du patrimoine sonore autant que de création.

Cousin Brown — Basé aux États-Unis, l’artiste a publié « Bwiti Soul » le 15 février 2026. Neuf titres fusionnant soul contemporain et racines culturelles gabonaises autour de l’essence du Bwiti. L’album est disponible sur plus de cent plateformes de streaming.

Amandine — Surnommée « la Reine d’Empire », elle incarne la création du sud-est du Gabon à travers un genre mêlant musique traditionnelle et modernité, contribuant à la diversité et à l’authenticité de la scène nationale.

Littérature et arts visuels : une création en pleine effervescence

La rentrée littéraire gabonaise 2026 s’annonce comme un temps fort. La 5ᵉ édition du Festival international du livre gabonais et des arts (FILIGA) a ouvert ses portes au Musée national des Arts, Rites et traditions, avec dix pays invités et l’annonce d’un concours inédit « Miss Littérature Gabon 2026 », témoignant d’une volonté de populariser la lecture auprès du grand public.

Dans le champ des arts visuels, la première résidence artistique gabonaise « Échos » a été dévoilée en mars 2026. Photographes, peintres et plasticiens — parmi lesquels Julie Mvie, Michelle Nze, Corail King, Maxime Betty Ilama et Stéphane Tridon — ont puisé leur inspiration dans les parcs et réserves naturelles du pays, faisant de l’art un pont entre création contemporaine et écologie.

Des infrastructures pour ancrer le rayonnement culturel

Le Gabon franchit une étape stratégique dans sa politique culturelle avec l’ouverture annoncée, en 2026, du MAMA (Musée des Arts modernes et anciens) à Libreville. Porté par la Fondation Comilog, l’établissement accueillera une centaine d’œuvres d’art ancien et contemporain en provenance du Gabon et d’Afrique subsaharienne : masques, statuettes, objets rituels et pièces patrimoniales jusqu’alors peu accessibles au public.

Sur le plan législatif, la Loi n° 015/2025 du 23 octobre 2025 a établi les orientations de la politique culturelle nationale, visant à promouvoir et protéger le patrimoine. Plusieurs accords de coopération culturelle ont été signés, et des biens culturels ont été rapatriés au pays.

Festivals : la culture comme espace de rencontre vivant

Du 2 au 5 juillet 2025, Libreville a vibré au rythme de la quatrième édition du Festival international de danse (FESIDAL), articulé autour du thème « Coexistence des arts, concept théorique ou vraie nécessité ? ». Au programme : ateliers, battles, spectacles et performances mêlant Hype, danse contemporaine et Bolů, danse traditionnelle gabonaise.

Le Festival Okano Culture, organisé chaque année à Mitzic, propose quant à lui une expérience de retour aux racines tout en ouvrant la voie à des formes modernes d’expression : concerts, danses, contes, slam et foire artisanale composent une programmation qui incarne le dialogue entre tradition et modernité.

« La culture gabonaise est un héritage vivant qui ne cesse de se réinventer. »

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