Avec un stage conduit par l’ancien champion du monde WBA Souleymane M'Baye, la LMCI veut faire émerger une nouvelle génération de boxeurs et renforcer les compétences des encadreurs
Longtemps reléguée dans l’ombre du football, la boxe gabonaise cherche désormais à changer de statut. Le défi n’est plus seulement de faire monter les pugilistes sur le ring, mais de construire autour d’eux un véritable environnement de performance. C’est dans cette perspective que La Main du Citoyen (LMCI), présidée par Cyrille Nguema Ndong, a engagé un stage de formation et de détection qui se tient du 10 au 15 août 2026 à la salle Johnson
Okoumé, en face du gymnase d’Oloumi.
L’initiative repose sur la présence de Souleymane M'Baye, ancien champion du monde de boxe anglaise WBA. Mais derrière la venue du champion se dessine surtout une ambition plus large : faire passer progressivement la boxe gabonaise de l’amateurisme à une organisation capable de produire des athlètes compétitifs au niveau international.
Professionnaliser, au-delà du ring
La professionnalisation d’une discipline ne se résume pas à l’augmentation du nombre de combats. Elle suppose des entraîneurs mieux formés, une préparation physique et mentale adaptée, une meilleure maîtrise des aspects techniques et un accompagnement capable de conduire les athlètes vers le haut niveau.
C’est précisément sur cette chaîne que la LMCI veut agir. Le stage ne cible donc pas uniquement les boxeurs. Il concerne également les entraîneurs et les néo-professionnels, avec plusieurs axes de travail consacrés notamment au management, à la performance, au bandage professionnel et à la préparation mentale.
Pour Souleymane M'Baye, la priorité doit être donnée à ceux qui encadrent les athlètes. « On a dans le concept de prendre les entraîneurs, surtout pour les former, et aussi les boxeurs élites », explique-t-il.
Une orientation qui traduit une conviction simple : sans entraîneurs suffisamment préparés, difficile de construire des champions sur la durée.
Une expertise à adapter aux réalités gabonaises
L’ancien champion du monde ne se présente pas au Gabon comme celui qui viendrait imposer une méthode. Son approche consiste plutôt à observer les pratiques locales et à identifier ce qui peut être amélioré. « Je ne suis pas venu pour imposer un style de boxe. Je vais regarder ce qui est fait et rajouter une petite chose qui peut faire qu’aujourd’hui la boxe gabonaise arrive à un niveau international », précise Souleymane M'Baye.
Cette méthode prend notamment en compte les caractéristiques propres à chaque pugiliste.
Morphologie, qualités physiques, points faibles, tactique et comportement sur le ring doivent déterminer le type de travail à privilégier.
Car passer au niveau supérieur implique aussi de sortir d’une approche uniforme de l’entraînement. Un boxeur longiligne ne se prépare pas nécessairement comme un athlète au profil différent. La performance se construit donc à partir d’une connaissance précise de l’athlète.
La LMCI mise sur le long terme
Pour Cyrille Nguema Ndong, président de la LMCI, l’enjeu dépasse largement le cadre de ce seul stage. Il s’agit de poser les bases d’un travail susceptible de produire des résultats dans les prochaines années.
Le responsable estime que le Gabon dispose d’un potentiel important, mais que celui-ci reste encore insuffisamment exploité. D’où la nécessité de créer une continuité entre formation, détection, compétition et accompagnement professionnel.
Cette vision suppose également de donner aux boxeurs une perspective au-delà du simple statut d’amateur. Le professionnalisme peut en effet ouvrir de nouvelles possibilités de carrière aux athlètes, en leur permettant de faire de la boxe une véritable activité professionnelle.
La démarche portée par la LMCI entend ainsi transformer une passion largement présente dans le pays en une filière sportive mieux structurée.
Du talent à la performance internationale
L’autre enjeu est celui de la détection. Car si le Gabon possède des pratiquants et des passionnés, encore faut-il identifier les profils capables de franchir les différents niveaux de la compétition.
Le stage doit donc permettre de mieux repérer ces potentiels et de les inscrire dans un processus de progression. Une compétition internationale annoncée au mois d’août doit notamment constituer une première occasion de mesurer le niveau des athlètes identifiés.
Pour Souleymane M'Baye, le véritable objectif se situe toutefois à moyen et long terme. Il évoque une préparation pouvant s’étendre sur plusieurs années afin de faire émerger des boxeurs capables de se mesurer aux meilleurs.
« On essaie de faire quelque chose pour les remonter à entre trois et cinq ans, pour avoir des athlètes, je l’espère, à des Jeux olympiques et pourquoi pas des championnats du monde. C’est l’objectif, en tout cas », confie-t-il.
Le défi de l’accompagnement
Cette ambition pose inévitablement la question des moyens. La formation des athlètes ne peut produire durablement ses effets sans infrastructures adaptées, matériel, compétitions régulières et accompagnement institutionnel.
Souleymane M'Baye appelle d’ailleurs les autorités à soutenir cette dynamique et à contribuer à l’amélioration des conditions techniques et tactiques de pratique.
Pour la LMCI, le défi est donc désormais de transformer cette initiative en véritable programme de développement. La formation ne doit pas rester ponctuelle : elle doit déboucher sur un suivi des athlètes, une détection régulière et une progression vers les compétitions nationales et internationales.
Le pari est désormais lancé. Entre la volonté de la LMCI et l’expertise de Souleymane M'Baye, la boxe gabonaise cherche à passer d’une discipline de passionnés à une véritable filière de performance. Le chemin vers le professionnalisme sera long, mais le ring de la salle Johnson Okoumé pourrait bien en constituer l’un des premiers jalons.

